Revue Aspects sociologiques
Conférences

En vue de dynamiser la vie intellectuelle étudiante et favoriser les échanges, Aspects sociologiques propose chaque année quelques conférences grand public. Cette section vous offre la description des différentes conférences de la revue ainsi que le lien vers l'enregistrement des conférences antérieures lorsque disponible. 

Midi-Conférences

En 2018, nous vous invitons à une série de Midi-Conférences données par des étudiantes et étudiants. Illes sont invité-e-s à présenter l'avancées de leurs travaux, une partie de leur recherche. Vous êtes donc convié-e-s à assister à ces moments de partage de connaissances qui vous permettra d'en savoir plus sur le sujet, mais aussi de faire avancer la pensée du chercheur lors des discusions qui suivent la conférence.

 

Le bonheur dans les interactions quotidiennes : un enjeu de reconnaissance sociale

Conférencier: Jonathan Riendeau

31 janvier, 11h30 local DKN-5325

 

La quête du bonheur dans les sociétés contemporaines suppose une capacité individuelle à le définir et à juger de son bien-être. Or, une valeur morale alimente les représentations et réflexions au-delà de la stricte recherche personnelle du bonheur. Au quotidien, nous parlons du bonheur comme si des droits et des devoirs s’y appliquaient. Ceux-ci servent d’indicateurs de la persistance des conventions sociales, car se déclarer heureux implique la validation de normes discursives et gestuelles en jeu dans une situation donnée. L'analyse en deuxième et en troisième personne procure un statut aux termes du bonheur, lequel dépend ainsi du jugement d’autrui. L’identité nécessite la possibilité d’une confirmation perpétuelle de l’image de soi par les autres. La reconnaissance sociale procure une dynamique positive, car l’individu heureux peut ainsi se montrer moral à autrui. Expliquer les raisons de son bien-être, c’est aussi promouvoir des conduites et déterminer les conditions du vivre-ensemble en élargissant ou en réduisant l’horizon d’attentes et les possibilités d’apparition des sujets moraux. L’enjeu est alors de contrôler la représentation des valeurs pour les rendre compatibles avec ce qui est considéré comme une vie digne d’être vécue. S’il dévie des normes préétablies, le bonheur permet une transformation des valeurs socialement reconnues.

 

Comprendre l'insécurité alimentaire par la pratique

Conférencier: Étienne Cantin

8 février, 11h30 local DKN-5325

 

L’insécurité alimentaire est un défi quotidien pour environ 1,1 million de ménages canadiens (Statistique Canada, 2012). Pour y faire face, les individus composant ces ménages doivent avoir recours à une diversité de stratégies qui sont souvent décrites comme une manière de diminuer les dépenses ou d’accroître les revenus. En d’autres mots, les stratégies d’adaptation sont envisagées comme des actions économiques visant à faire face à des contraintes économiques dans le but d’éviter le manque de nourriture. Toutefois, les données recueillies lors de la réalisation de mon mémoire de maîtrise ont permis de mettre en évidence que le recours aux stratégies d’adaptation n’est pas influencé uniquement par des contraintes économiques, mais aussi par des contraintes normatives. En considérant à la fois les contraintes économiques et les contraintes normatives, j’ai construit quatre idéal types qui permettent de mieux comprendre le recours à ces stratégies. Chacun de ces idéal types représente une logique d’action permettant d’orienter les stratégies. En présentant ces différentes logiques, je vise à rendre compte du quotidien des personnes vivant l’insécurité alimentaire.

 

De l’esprit du consumérisme moderne à la consommation de signes: pourquoi acheter ce dont on n’a pas besoin?

Confériencier: Ronan Goualc’h

28 février, 11h30 local DKN-3244

 

Dans un contexte de saturation des marchés pour la plupart des biens de consommation, quand la plupart des ménages possèdent toute la panoplie d’objets qui passe pour indispensable dans une société donnée, pourquoi la société de consommation ne s’arrête t-elle pas de fonctionner ? Dans les dernières décennies, de nombreux auteurs et autrices ont proposé des réponses à cette énigme, redéfinissant ainsi ce que signifie consommer en remettant en question l’évidence économique selon laquelle on consommerait pour répondre à des besoins. En effet, alors que les besoins constituent supposément un univers fini supposé trouver un état d’équilibre une fois tous les besoins satisfaits, la consommation ne cesse jamais. L’objectif ici ne sera pas de dresser une liste exhaustive des moteurs actuels de la société de consommation, mais plutôt de s’appuyer sur un nombre limité de théories susceptibles d’apporter un éclairage sur certains facteurs qui nous poussent à l’hyperconsommation au quotidien. Cela nous amènera, entre autres, à questionner les notions de désir et de besoin et à nous pencher sur le rôle de la publicité et du marketing.

 

Quelles valeurs partagent les travailleurs et travailleuses du mouvement coopératif ?

Conférencier: Jovan Guénette

14 mars, 11h30, local DKN-5325

 

Le mouvement coopératif a été porteur de plusieurs idéologies : libéralisme, christianisme, marxisme-léninisme, et autres. Alors qu’au Québec, le mouvement coopératif s’est d’abord développé dans l’optique de permettre aux Canadiens français de prendre leur place dans l’économie de marché, qu’en est-il aujourd’hui à l’ère de la mondialisation? Mon mémoire de maîtrise porte sur le mouvement coopératif, du point de vue d’un groupe particulier de personnes qui le font vivre : les personnes qui y travaillent. Les travailleurs et travailleuses interrogés qui font partie de ce mouvement véhiculent des valeurs bien de leur temps : ils sont en opposition à la globalisation de l’économie. Pour eux, le modèle coopératif ne permet pas seulement une meilleure distribution des profits, mais aussi d’offrir un service aux membres qui va au-delà de la relation marchande. Contrairement au discours véhiculé par les grandes coopératives, les travailleurs et travailleuses de ce mouvement ne semblent pas voir le modèle coopératif comme une finalité, mais bien comme un moyen, parmi d’autres, de permettre une gestion locale dans une communauté. Loin de s’opposer aux entreprises traditionnelles à but lucratif, ils critiquent plutôt les grandes entreprises globalisées, déconnectées de leur base locale, dont certaines coopératives peuvent faire partie.

 

Postures de savants et positions d’experts : de l’idéal de la vocation à l’engagement dans une carrière

Conférencière: Catherine Dussault

28 mars, 11h30 local DKN-3244

 

Les transformations historiques des horizons de l’expérience scientifique possible, de ses idéaux, de ses normes et des conditions qui les ont rendues possibles, influencent les manières de définir la figure idéale du scientifique. Un modèle de scientificité est toujours lié à un éthos du scientifique, à une manière de concevoir son rôle en tant que savant ou comme expert, et son engagement vis-à-vis celui-ci. Cet exposé prendra comme point de départ la figure de savant décrite par Weber (1921) qui, par la promotion d’un éthos, doit affirmer son indépendance et son autonomie vis-à-vis les idées, valeurs ou dogmes, et ne se vouer qu’au service des « puissances morales » de la science conçue comme une œuvre de clarté guidant les pratiques à partir de perspectives offertes par l’expérience scientifique. Nous verrons ensuite que les sciences contemporaines, récusant l’autonomie et l’indépendance de la science et du savant, refusent tout modèle séparant strictement le « savant » du « politique » : un fait scientifique ne saurait trouver une légitimation suffisante grâce à la raison. L’expert s’inscrivant dans un champ doit se soumettre aux demandes émergeant de milieux institutionnels économiques, politiques et sociaux, dont la finalité ne semble être autre chose que la production de résultats tirés de l’expérience, devant être communiqués sous la forme de publications. Nous conclurons alors l’exposé en questionnant le sens moral de la science contemporaine.

La critique marcusienne de la modernité

Conférencier: Joaquin Sabat

12 avril, 11h30 local DKN-5325

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la crise du marxisme occidental due d’une part à la déception de plus en plus flagrante face aux « socialismes réalisés » et d’autre part à l’effondrement des références transcendantales caractéristique du contexte de l’après-guerre, reflétait une crise plus profonde des philosophies de l’histoire. Plus rien ne pouvait assurer de manière irréfutable le triomphe du rationnel sur l’irrationnel, de la Révolution sur le capitalisme, et les Grands Récits devant guider l’avènement de l’humanité à elle-même dans l’instauration d’un ordre nouveau et salutaire se trouvaient au pied du mur. La Raison, ce mythe fondateur de la modernité occidentale qui servait auparavant comme fondement de la critique de l’ordre existant, s’était transformée en son contraire : elle cessa d’être le moteur d’un projet humain, moderne et rationnel et devint au contraire le Logos totalitaire d’une société dont la libération et la sujétion la plus totale coexistaient l’une comme la condition de l’autre. À travers les différentes tentatives de Marcuse pour échapper à l’aporie inhérente à cette critique radicale de la Raison se dessine une conception plus globale de la modernité occidentale et de son « malaise ». Cette conférence entend retracer le fil de ces recherches, qui empruntent un chemin hésitant mais audacieux conduisant vers rien de moins que les limites de la modernité elle-même.

Les jeunes et l'action politique. Problème conceptuel, question de perception ou effet conjonctuel?

Conférencière: Madeleine Gauthier
La conférence a eu lieu le 26 mars 2014, à 11h30, au local DKN-1A de l'Université Laval

Résumé:
La question est récurrente : la participation électorale des jeunes est en chute, les jeunes ne s’engagent plus… Ils sont ou cyniques ou apathiques face à la politique, les jeunes vulnérables encore plus que les autres… Un bref retour sur la question depuis les années 1960 suggère un certain nombre d’hypothèses autour de trois thèmes. Les concepts utilisés lorsqu’il est question du rapport des jeunes à la politique sont-ils adéquats? D’où provient cette perception que les jeunes se tiennent à distance de la politique? Quelles explications en donne la sociologie? 

Les principaux intérêts de recherche de Madeleine Gauthier sont les suivants: sociologie de la jeunesse; mobilité géographique et régions; insertion sociale et professionnelle; participation civique et associative; comparaisons internationales.
La sociologue est
- Membre de l’Observatoire Jeunes et Société (OJS)
- Membre du Groupe de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ)
- Membre de l’exécutif du Comité de recherche 28 : Sociologie de la jeunesse de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF)
- Directrice de la collection Regard sur la jeunesse du monde aux Presses de l’Université Laval (14 titres depuis 2001).

Les fous dans la cité: Les visages contemporains de la folie civile à Montréal

Conférencier: Marcelo Otero
La conférence a eu lieu le 20 février 2014, à l'Université Laval

Visionnez la partie 1 et la partie 2 de la conférence 

Résumé: 
Aujourd'hui, les fous ne sont que rarement institutionnalisés, ils sont dans la cité et font partie de la vie civile pour le meilleur et pour le pire. Réhabiliter le terme folie civile c'est l'une des manières de réaffirmer l'impossibilité d'étudier les problèmes de santé mentale seulement en termes de pathologies mentales, psychiques ou psychiatriques. Que l'on tente de comprendre la montée effarante des «anxiodépressions» contemporaines ou, encore, la permanence de ce qu'on appelle les «troubles sévères et persistants» qui affectent une minorité des personnes, il est impossible de séparer les dimensions sociales et mentales qui les composent. Qu'est-elle devenue la folie qu'on enfermait dans les asiles jusqu'à la fin des années 1950 ? En quoi la folie «pose problème» aujourd'hui aux uns (les personnes directement concernées) et aux autres (familles, entourage, étrangers, société) ? Les données issues de quelques recherches empiriques récentes que nous avons menées à Montréal nous permettront de donner une réponse sociologique à ces deux questions.

Marcelo Otero est professeur du département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Il est chercheur au CRI (Collectif de recherche sur l’itinérance, la pauvreté et l’exclusion sociale), au CHRS (Centre d'histoire des régulations sociales) et au CREMIS (Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations). Ses projets de recherche portent sur les nouveaux problèmes de santé mentale et les problèmes sociaux complexes. Il a publié notamment Les règles de l'individualité contemporaine, PUL, 2003 et L'ombre portée : l'individualité à l'épreuve de la dépression, Boréal, 2012 et Qu'est-ce qu'un problème social aujourd'hui ? (avec Shirley Roy), PUQ, 2013. 

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